Présentation
Tifenn POURCEL

Quelques poussières essentielles…

“Entre Jollien et moi, tout d’abord un point commun : j’ai été aussi frappé d’un « manque de pot » dès les premiers instants de la vie.
Né grand prématuré en 1985 à 6 mois et des poussières. Poussières essentielles néanmoins ! Démarche saccadée, gestes gourds et maladroit, équilibre précaire, voilà le portrait de « l’artiste » !!
A l’instar de Jollien, j’ai eu la chance d’être entouré de personnes extraordinaires. Hommes , femmes, équipements technologiques m’ont permis de souffler il y a peu mes 27 bougies ! Hommes et femmes dont le métier est de conjurer l’ombre de la mort dans les balbutiements de la vie.
Hommes et femmes qui n’ont cesser de poser sur ma personne un regard aimant, sans complaisance sur le handicap mais attentif à cette particularité, toujours stimulants et protecteurs. Mes parents, ma famille proche, mes amis sont ces hommes et ces femmes. On comprend ici combien en réalité je suis un sacré veinard !
Mais mon parcours diffère de celui d’Alexandre en un point non négligeable. Je n’ai pas passé ma scolarité au sein d’une institution pour personnes handicapées.
A trois ans et demi, je ne marchais pas encore, et à l’époque on avait conseillé à mes parents de m’inscrire dans une classe adaptée. Ils ont refusé, sans doute forts de l’intuition que le combat commence par vouloir mêler deux mondes, que la société a décidé de tenir à distance. Je ne saurais dire, en définitive, s’il ont bien fait mais ce qui est sûr c’est que ce choix m’a façonné, m’a permis d’accepter avec « joie » la personne que je suis. Il en aurait été peut-être de même en institution me direz-vous, mais je crois qu’une chose aurait été différente, c’est le regard que portait sur moi mes camarades. Il a été en majorité extrêmement bienveillant. Beaucoup de mes camarades se sont dits par exemple « si Tifenn arrive à marquer un but au foot, alors je pourrais m’améliorer en maths » c’est-à-dire que malgré moi j’agissais en catalyseur sur les « combats » personnels de mes camarades « non-handicapés ». Et eux agissaient malgré eux en formidables stimulants pour moi !
Ma scolarité fut donc extrêmement joyeuse. J’ai commencé très tôt à pratiquer un sport (le base-ball) et le théâtre. Avec le recul, je comprends maintenant que le théâtre a joué dans ma vie un rôle similaire à celui qu’a pu jouer la philosophie chez Jollien. La scène est, jusqu’à présent, le seul endroit qui m’a véritablement permis de comprendre ce qu’était le dépassement de soi et qui m’a démontré qu’un soi disant handicap, pouvait devenir une force, une chance même , parce ce que le théâtre est une pratique, au même titre que la philosophie, consacrée à la connaissance de soi, de son corps et de l’Autre.
Apprendre le métier d’acteur, éveiller sa propre dimension poétique et créatrice est une source immense de « joie » au sens auquel l’emploie Jollien.
Merci Alexandre.

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