Présentation

LE SPECTACLE

Théâtre & Philosophie :
La rencondre de deux métiers d’homme

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 [  Un dialogue entre Tifenn Pourcel et Alexandre Jollien  ]

•› L’esprit à l’épreuve du corps.

Alexandre Jollien est un sujet privilégié, un “singulier universel” pour mener cette expérimentation théâtrale sur ce qu’on pourrait nommer le « corps philosophique total », c’est-à-dire un certain usage existentiel et permanent du corps en vue de faire de celui-ci l’expression d’une pensée. Les différentes forces de vie qui alimentent et orientent son rapport à la philosophie sont de l’ordre d’un combat vital. Pour Jollien, la philosophie n’est ni un divertissement ni de la fausse monnaie récréative. C’est un choix existentiel, la pensée est organique, et la métamorphose, pour être vraie, doit être avant tout une métamorphose de soi. Le corps de Jollien fait partie intégrante de sa pensée. Sa pensée a un corps. Le corps philosophique de Jollien sera l’aliment imaginaire du comédien Tifenn Pourcel.

Par son espace propre, sa relation privilégiée à la fragilité et sa puissance d’incarnation, le théâtre déplace radicalement la philosophie. Le seul intérêt de la dramaturgie est donc de chercher un point de rencontre, un point d’échange pour que la philosophie fasse l’épreuve du théâtre.

Pour la philosophie, tout est affaire d’émulation, tout semble pouvoir être l’objet de son analyse, si bien qu’elle ne sort que très rarement d’elle même. La matière de sa pensée vient presque toujours d’ailleurs, mais l’espace (mental) où elle pense est toujours le même. C’est comme si elle voyageait sans se déplacer, elle est avant tout un état d’esprit. Le corps permet justement une sortie de la philosophie d’elle même, il la délocalise, le corps se place d’une certaine manière hors-champ. On déplace la philosophie et la déficience dans un espace de tous les espaces, un espace de « re-présentation » qui sera avant tout un parcours sensible et imaginaire dans la vie anecdotique de Jollien.

•› Le corps à l’épreuve de l’esprit

Ce qui nous semble intéressant dans le travail fait avec le comédien Tifenn Pourcel, c’est de se dire que Jollien a répété quotidiennement, comme des comédiens le font pour le théâtre, des exercices spirituels en vue d’acquérir la force d’âme. Le refus délibéré de toute convention humaine tout cela requiert une démonstration physique, une performance organique. L’esprit s’éprouve et se prouve dans des actes. C’est à cette notion de performance, de jeu performatif que nous nous réfèrerons dans le travail au plateau pour essayer d’approcher la radicalité de la vie de Jollien. Car tout chez lui est une pensée en acte, une pensée physique qui ne pourrait atteindre sa vérité sans ce corps à dompter et à tenir debout. La quête théâtrale du métier d’homme se situe au carrefour entre gai savoir et joyeux combat, entre performance et fragilitéComment une pensée de façon organique peut trouver sur le plateau sa traduction vraie et vivante ?

Jollien constitue un modèle pour l’acteur. Celui-ci ne cesse de lutter contre la honte sociale que lui  envoient potentiellement tous ces regards spectateurs braqués sur lui. Adopter la bonne distance pour un comédien de théâtre revient donc à s’affranchir de ces regards et à trouver la pleine liberté pour soulever la part organique et incarnée de l’humain.

•› Création sonore : la présence vocale de l’institution

Une vie d’homme n’est pas linéaire, mais bien une juxtaposition d’événements, de fragments. Elle est faite de morceaux, d’étapes, de strates, de renaissance et d’abandons. Aussi avonsnous eu envie de pousser les portes de l’institution spécialisée pour rencontrer quelques résidents au cours d’ateliers théâtre et radio.

Nous avons eu besoin de les écouter, découvrir ce que c’est qu’une vie qui bascule à la naissance, comment on traverse les doutes, les errements, la perte, les peurs, apprendre enfin comment on s’adapte, comment on repart et comment on se réinvente joyeusement. Pour suivre ces vies, un temps de collectage de voix a constitué donc la première exploration de notre travail. Ces voix dessinent des paysages intimes qui constituent le matériau sonore de l’adaptation théâtrale.

Christophe Blangéro

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